Une adulte parle à un jeune enfant assis à table en accompagnant sa phrase d'un geste de la main.
Marketing · Communication

Communication gestuelle associée à la parole

comment s’en servir

Le geste ne sert pas seulement à celui qui écoute : il aide aussi celui qui parle à retrouver ses mots. Ce que cela change dans la façon de s’en servir.

Réponse rapide

La communication gestuelle associée à la parole désigne l’usage de gestes qui accompagnent le langage oral pour l’appuyer, sans jamais le remplacer : on parle et on signe en même temps. Ce n’est ni une langue des signes, qui est une langue complète et autonome, ni de la lecture du langage corporel. Son intérêt tient à un double mécanisme, et son efficacité à quatre règles d’exécution.

  • Deux effets, pas un : le geste aide celui qui écoute, et aussi celui qui parle à retrouver ses mots.
  • La parole ne s’arrête jamais : le geste accompagne la voix, il ne la remplace pas.
  • Un mot porteur par énoncé : signer toute la phrase dilue le sens au lieu de le guider.
  • Ne pas confondre : la communication facilitée est une méthode distincte, dont l’usage n’est pas recommandé.

Communication gestuelle associée à la parole

ce que l’expression désigne

L’expression est technique, et sa précision compte. Elle désigne l’usage de gestes qui accompagnent la parole orale pour l’appuyer, sans jamais s’y substituer. On parle, et on signe en même temps. Le geste ajoute un canal, il n’en remplace aucun.

Deux frontières se tracent immédiatement.

La première la sépare de la langue des signes. Une langue des signes est une langue complète, avec son lexique, sa syntaxe, son organisation spatiale et sa communauté de locuteurs. Elle ne s’emploie pas en accompagnement du français parlé, parce qu’elle ne suit pas l’ordre du français. Les approches dont il est question ici empruntent parfois des signes à une langue des signes, mais elles les insèrent dans une phrase orale : c’est un procédé d’appui greffé sur le français, quand la langue des signes est un système autonome.

La seconde la sépare de la lecture du langage corporel au travail. Interpréter une posture croisée ou un regard fuyant relève de la communication non verbale, un tout autre champ, qui décrit des signaux involontaires. Ici, rien n’est involontaire : les gestes sont choisis, appris et produits intentionnellement pour soutenir un message.

Reste à comprendre pourquoi cela fonctionne. La réponse est plus intéressante que ce qu’on en lit d’habitude, parce qu’elle comporte deux volets et que le second est presque toujours oublié.

Pourquoi le geste aide

deux effets, pas un

Le premier effet est celui que tout le monde cite. Le geste aide celui qui reçoit le message : il ajoute une information visuelle au flux sonore, il ralentit le débit de celui qui parle, il attire l’attention sur le mot important. Pour une personne qui traite lentement le langage oral, ou qui n’entend qu’une partie de ce qui est dit, ce doublage change la donne.

Le second effet est plus surprenant : le geste aide celui qui parle.

Les travaux consacrés aux gestes coverbaux — ces mouvements que nous produisons tous en parlant, sans y penser — ont établi qu’ils participent à la recherche des mots. Les recherches menées par Robert Krauss et ses collègues au début des années 2000, prolongées par les travaux de Morsella et Krauss en 2004, montrent que les gestes qui figurent l’objet ou l’action facilitent l’accès à la forme du mot, et qu’empêcher une personne de gesticuler augmente ses hésitations.

Autrement dit, le geste n’est pas seulement un supplément adressé à l’interlocuteur : c’est aussi un outil que le locuteur s’adresse à lui-même pendant qu’il cherche.

La conséquence est directe pour une personne en difficulté d’évocation, celle qui sait ce qu’elle veut dire et ne retrouve pas le mot. Lui donner un geste, ce n’est pas seulement lui fournir un moyen de se faire comprendre en attendant : c’est lui donner une prise sur sa propre recherche lexicale. Cette double lecture explique pourquoi ces approches maintiennent toujours la parole — retirer la parole reviendrait à supprimer ce que le geste est censé soutenir.

Les trois familles, et le public de chacune

Le panorama tient en trois catégories, qui ne demandent pas le même engagement et ne s’adressent pas aux mêmes personnes.

Sans apprentissage

Les gestes coverbaux

Montrer la taille d’un objet, mimer une action, pointer : tout locuteur les produit déjà. Ce qui s’apprend n’est pas le geste mais la régularité et l’amplitude avec lesquelles on le produit. Utile face à toute personne qui traite lentement le langage oral, quelle qu’en soit la raison.

En famille

Les signes associés

Un petit vocabulaire emprunté à une langue des signes, employé avec la parole sur les besoins du quotidien : manger, encore, dormir, aide. Souvent connu sous le nom de bébé signe, il s’adresse aux très jeunes enfants, avant que la parole ne s’installe.

Programmes structurés

Vocabulaire ordonné

Un vocabulaire de base progressif, souvent doublé de pictogrammes, mis en œuvre après formation. Il concerne les personnes dont le langage oral ne se met pas en place ou reste insuffisant pour communiquer, et celles qui ont perdu une partie de leurs moyens d’expression.

Les quatre règles qui font la différence

C’est ici que se joue l’écart entre des signes qui servent et des signes qui décorent. Quatre règles reviennent dans toutes les approches, et chacune se paie quand on l’oublie.

  1. Parler toujours

    Le geste accompagne la voix, y compris quand la personne ne semble pas réagir à la parole. Signer en silence supprime le modèle oral que l’enfant ou l’adulte doit entendre, et change la nature même de l’approche.

  2. Signer le mot porteur, pas la phrase

    Un énoncé comporte un, parfois deux mots qui portent l’information : ce sont eux qu’on signe. Signer chaque mot ralentit le débit au point de diluer le sens et sature l’attention au lieu de la guider.

  3. Produire le geste au moment du mot

    La simultanéité n’est pas un détail esthétique : c’est elle qui associe le signe au mot dans la mémoire. Un geste produit avant ou après crée deux événements séparés au lieu d’un seul.

  4. Employer le même geste que les autres

    Un signe qui varie d’un adulte à l’autre cesse d’être un repère. La cohérence entre parents, fratrie, professionnels et école est ce que les équipes citent le plus souvent comme condition de réussite, avant la taille du vocabulaire employé.

La deuxième règle est celle qui demande le plus d’entraînement, parce qu’elle suppose de repérer le mot porteur en parlant. Trois exemples suffisent à en donner le principe : dans « on va manger, viens t’asseoir », le mot signé est manger ; dans « tu veux encore de l’eau ? », c’est encore, et éventuellement eau ; dans « après on va au parc », c’est parc. À l’inverse, une phrase sur-signée ressemble à ceci : « tu — veux — encore — de — l’eau », chaque mot ponctué d’un geste, débit haché, information noyée. Le repère est simple : si le geste enchaîne sans pause, il y en a trop.

Reste le cas que rencontrent presque toutes les familles dans les premières semaines : la personne ne reproduit aucun geste. C’est attendu, et ce n’est pas un échec. La production n’est pas le premier objectif — la compréhension l’est, et elle progresse avant que le moindre signe ne soit repris. Un geste continue de servir même quand il n’est pas rendu.

Signer freine-t-il l’apparition de la parole ?

C’est la crainte la plus répandue, et elle mérite une réponse directe plutôt qu’un apaisement vague.

L’architecture même de ces approches y répond en partie : le geste y est toujours produit avec la parole, jamais à sa place. L’objectif affiché n’est pas de bâtir un mode de communication autonome mais de soutenir le langage oral, en donnant un point d’appui pendant la période où il manque.

Cela ne veut pas dire que l’effet soit identique pour tout le monde. Les situations diffèrent selon l’origine des difficultés, l’âge, l’environnement et la régularité de l’usage. C’est le bilan réalisé par un professionnel qui indique si l’approche est pertinente, et sous quelle forme.

La question à poser à ce professionnel est d’ailleurs plus utile que la question générale : dans cette situation précise, qu’attend-on du geste, et à quoi verra-t-on qu’il sert ?

Par où commencer, et qui met en œuvre

Le point d’entrée est le même quelle que soit la situation : un bilan. Pour un enfant comme pour un adulte, c’est l’orthophoniste qui l’établit, sur prescription médicale — celle du médecin traitant ou du pédiatre suffit à ouvrir la démarche. Le bilan situe le besoin avant de choisir la forme, et c’est lui qui dira si l’approche gestuelle a un sens ici, ou si autre chose passe avant.

La mise en œuvre, ensuite, ne relève d’aucun corps de métier en exclusivité, et c’est plutôt une bonne nouvelle : son efficacité repose sur la répétition dans la vie ordinaire, pas sur une séance hebdomadaire. Les professionnels des établissements et services médico-sociaux — éducateurs, psychomotriciens, accompagnants — l’emploient au quotidien. Dans le cadre scolaire, enseignants et accompagnants peuvent être associés lorsque l’approche fait partie du projet de l’élève. Les familles, enfin, sont les premières utilisatrices en volume.

Des formations leur sont destinées, dispensées par des associations spécialisées dans la communication alternative et améliorée, par certains centres ressources et par des orthophonistes formateurs. Elles se cherchent sous l’intitulé du programme concerné plutôt que sous le terme générique, et l’orthophoniste qui suit la personne est le mieux placé pour orienter vers celle qui correspond à l’approche retenue.

Un dernier point mérite d’être posé avant de s’engager : les programmes structurés supposent une formation, mais le facteur de réussite le plus souvent cité par les équipes n’est pas la qualité de cette formation. C’est le nombre de personnes formées autour de l’utilisateur. Quelqu’un qui signe avec une seule personne dans sa journée pratique un exercice, pas une conversation.

La confusion à écarter absolument

La proximité des mots entretient un malentendu qui, lui, porte à conséquence.

La communication facilitée est une méthode distincte, fondée sur le guidage physique de la main ou du bras d’une personne pour l’aider à désigner des lettres ou des symboles. La Haute Autorité de santé recommande depuis 2012 de ne plus l’utiliser, en précisant que cette recommandation ne vise pas la mise à disposition d’aides techniques, qui relève d’une tout autre logique.

La différence de fond tient à une question : qui produit le message ? Dans les approches gestuelles associées à la parole, la personne produit elle-même son geste, et personne ne touche sa main. Le doute apparaît dès qu’un tiers accompagne physiquement le mouvement, parce qu’il devient impossible de savoir de qui vient le message.

Le critère est utilisable face à n’importe quelle proposition d’accompagnement, quel que soit le nom qu’elle porte : demander si un tiers guide la main, le bras ou l’épaule de la personne pendant qu’elle communique. Si la réponse est oui, la question de savoir qui produit réellement le message reste ouverte, et c’est cette question-là qui a motivé la position de l’autorité de santé.

Est-ce la même chose que la langue des signes ?

Non, et la différence est de nature. Une langue des signes est une langue complète, avec son lexique, sa syntaxe, son organisation spatiale et sa communauté de locuteurs ; elle ne suit pas l’ordre du français et ne s’emploie donc pas en accompagnement du français parlé. Les approches gestuelles associées à la parole empruntent parfois des signes à une langue des signes, mais les insèrent dans une phrase orale.

Faut-il signer tous les mots d’une phrase ?

Non, et c’est l’erreur la plus fréquente. Un énoncé comporte un, parfois deux mots qui portent l’information : ce sont eux qu’on signe. Signer chaque mot ralentit le débit au point de diluer le sens et sature l’attention de la personne au lieu de la guider vers ce qui compte.

Est-ce que signer retarde l’apparition de la parole ?

Ces approches sont conçues pour soutenir le langage oral et non pour le remplacer : le geste y est toujours produit en même temps que le mot prononcé, jamais à sa place. Cela dit, les situations diffèrent selon l’origine des difficultés, l’âge et la régularité de l’usage, et la question relève d’une évaluation individuelle. C’est le bilan réalisé par un professionnel qui indique si l’approche est pertinente et sous quelle forme.

À partir de quel âge peut-on commencer ?

Il n’existe pas d’âge seuil applicable à toutes les situations. Les signes associés utilisés en famille s’emploient couramment avec de très jeunes enfants, sur quelques mots du quotidien ; les programmes structurés, eux, s’adressent à des personnes de tout âge dont le langage oral ne suffit pas à communiquer. Le point de départ reste un bilan, qui situe le besoin avant de choisir la forme.

Quelle différence avec la communication facilitée ?

La différence tient à une question simple : qui produit le message ? La communication facilitée repose sur le guidage physique de la main ou du bras d’une personne pour l’aider à désigner des lettres ou des symboles. La Haute Autorité de santé recommande depuis 2012 de ne plus l’utiliser, en précisant que cette position ne vise pas la mise à disposition d’aides techniques. Dans les approches gestuelles associées à la parole, la personne produit elle-même son geste et personne ne touche sa main.

Faut-il une formation pour s’y mettre ?

Cela dépend de la forme. Rendre ses propres gestes plus lents, plus amples et plus systématiques ne demande aucune formation. Les signes associés en famille s’apprennent souvent en atelier ou avec un professionnel, sur un petit vocabulaire. Les programmes structurés supposent en revanche une formation spécifique, pour le vocabulaire comme pour la progression — et surtout, ils supposent que plusieurs personnes de l’entourage la suivent.

Un geste bien placé sur le mot juste vaut mieux qu’un vocabulaire entier appris et jamais employé au bon moment — et c’est la seule chose que cet article puisse transmettre par écrit, le reste s’apprend en face à face.