Petit groupe d'adultes assis lors d'une session de formation, carnet de notes ouvert sur les genoux.
Finance · Impôts & fiscalité

Crédit d’impôt formation

le dispositif du dirigeant n’existe plus

Ce qui reste réclamable au titre de 2024, et qui finance désormais la formation d’un chef d’entreprise.

Réponse rapide

Le crédit d’impôt pour dépenses de formation des dirigeants ne s’applique plus depuis le 1er janvier 2025 : les dernières heures éligibles sont celles suivies jusqu’au 31 décembre 2024, la loi de finances pour 2025 ne l’ayant pas prorogé. L’article 244 quater M du code général des impôts a ensuite été abrogé par la loi de finances pour 2026, et l’administration a retiré ses commentaires en mai 2026. Une entreprise qui remplissait les conditions en 2024 sans avoir demandé le crédit peut encore le réclamer.

  • Plus rien depuis 2025 : aucun crédit d’impôt ne prend le relais pour la formation du dirigeant.
  • Une fenêtre reste ouverte : la réclamation au titre de 2024 reste recevable, sous condition de délai.
  • L’excédent était restitué : réclamer garde un intérêt même en l’absence d’impôt à payer.
  • Le relais est mutualisé : la formation se finance par le fonds d’assurance formation correspondant au statut.

Le crédit d’impôt formation du dirigeant ne s’applique plus

Autant le dire tout de suite, parce que l’essentiel des pages qui traitent ce sujet raconte encore l’inverse : le crédit d’impôt pour dépenses de formation des dirigeants d’entreprise n’existe plus. Un chef d’entreprise qui suit une formation aujourd’hui n’a droit à aucune réduction d’impôt à ce titre, et le coût reste intégralement supporté par lui ou par sa société.

La disparition s’est faite en deux temps, ce qui explique en partie la confusion.

Le dispositif figurait à l’article 244 quater M du code général des impôts et avait une échéance : il cessait de produire effet au-delà du 31 décembre 2024. La loi de finances pour 2025 ne l’a pas prorogé. Les dernières heures de formation ouvrant droit au crédit sont donc celles suivies jusqu’à cette date ; depuis le 1er janvier 2025, plus rien.

La suppression formelle est venue ensuite. L’article 17 de la loi de finances pour 2026, du 19 février 2026, a abrogé l’article 244 quater M. L’administration fiscale en a tiré les conséquences le 6 mai 2026 en retirant de sa documentation l’ensemble des commentaires relatifs au dispositif.

Entre l’échéance de fin 2024 et le nettoyage doctrinal de mai 2026, il s’est donc écoulé près de dix-huit mois pendant lesquels des fiches en ligne, des plaquettes d’organismes de formation et parfois des conseils de bonne foi ont continué à présenter le crédit comme disponible. C’est pour cela que le sujet revient encore aujourd’hui.

Si vous lisez le contraire ailleurs

Une page qui décrit aujourd’hui ce crédit d’impôt comme accessible, ou qui en annonce le montant pour l’année en cours, n’a pas été mise à jour depuis la loi de finances pour 2025. Le contrôle se fait en une minute sur le site des impôts ou sur la fiche officielle du service public : le dispositif y est signalé comme supprimé.

Ce qu’était le crédit d’impôt formation du dirigeant

Le crédit s’adressait aux entreprises imposées d’après leur bénéfice réel, quelle que soit leur forme, ainsi qu’à certaines entreprises exonérées. Les exploitants relevant d’un régime forfaitaire en étaient donc écartés, leur bénéfice étant déterminé après un abattement représentatif de charges.

Le calcul reposait sur le temps, pas sur la dépense : le nombre d’heures passées en formation par le chef d’entreprise, multiplié par le taux horaire du salaire minimum de croissance, dans la limite de quarante heures de formation par année civile. Aucune facture n’entrait dans l’assiette, ce qui surprend encore : le crédit ne remboursait pas le prix de la formation, il compensait forfaitairement le temps qu’elle avait pris.

Un point mérite d’être rétabli, parce qu’il est presque toujours mal rapporté. À partir des heures effectuées en 2022, le montant était doublé pour les entreprises répondant à la définition européenne de la micro-entreprise — moins de dix salariés, et un chiffre d’affaires annuel ou un total de bilan n’excédant pas deux millions d’euros. Cette définition n’a rien à voir avec le régime fiscal de la micro-entreprise : une société employant quatre personnes et imposée au réel pouvait parfaitement en relever, quand un micro-entrepreneur au forfait était, lui, exclu du dispositif dès le départ.

Deux mécanismes achèvent le tableau, et ils comptent pour la suite. Le crédit s’imputait sur l’impôt dû au titre de l’année ; lorsqu’il excédait cet impôt, l’excédent était restitué. Une entreprise déficitaire ou faiblement imposée n’était donc pas privée du bénéfice, contrairement à ce que l’on croit souvent. Et dans les sociétés de personnes, le crédit n’était pas utilisé par la structure mais transféré aux associés, à proportion de leurs droits, à condition qu’ils participent à l’exploitation.

Le seul droit encore ouvert

réclamer au titre de 2024

Une entreprise qui remplissait les conditions en 2024 et n’a pas demandé le crédit d’impôt n’a pas nécessairement tout perdu. Le droit de réclamation existe, et il court encore.

Le délai général de réclamation, fixé par l’article R*196-1 du livre des procédures fiscales, expire le 31 décembre de la deuxième année suivant celle de la mise en recouvrement de l’impôt contesté ou, selon les cas, de son versement. Pour un impôt portant sur l’exercice 2024 et mis en recouvrement en 2025, la réclamation reste donc recevable jusqu’au 31 décembre 2027. Cette date résulte d’un cas de figure courant, pas d’une règle universelle : c’est la date de mise en recouvrement propre à chaque entreprise qui commande le calcul.

L’enjeu se chiffre avant de se réclamer, et la méthode est simple : le nombre d’heures réellement suivies en 2024, plafonné à quarante, multiplié par le taux horaire du salaire minimum en vigueur cette année-là, le résultat étant doublé si l’entreprise répondait à la définition européenne de la micro-entreprise. On obtient un ordre de grandeur de quelques centaines d’euros — modeste, mais restituable, ce qui change l’arbitrage.

Côté circuit déclaratif, le crédit se calculait à l’époque sur une fiche d’aide n° 2079-FCE-FC, qui n’avait pas à être déposée auprès de l’administration, et se reportait sur la déclaration récapitulative des réductions et crédits d’impôt n° 2069-RCI-SD — ou, pour un entrepreneur imposé à l’impôt sur le revenu, sur la déclaration complémentaire des revenus professionnels. Une réclamation consiste à refaire ce calcul et à le justifier.

Trois éléments doivent pouvoir être établis : que l’entreprise relevait bien d’un régime réel d’imposition sur l’exercice concerné, que le dirigeant a effectivement suivi des heures de formation en 2024, et le nombre exact de ces heures. Les attestations de présence délivrées par l’organisme de formation sont la pièce centrale — pas les factures, puisque le calcul ne reposait pas sur elles.

La réclamation s’adresse au service des impôts dont dépend l’entreprise. Compte tenu des règles de forme et du calcul de crédit à rétablir, c’est typiquement le genre de démarche à faire instruire par son expert-comptable plutôt qu’à improviser.

Trois dispositifs que l’on confond avec lui

La requête « crédit d’impôt formation » ramène régulièrement trois choses différentes, dont aucune ne se substitue à celle qui a disparu.

Circuit de financement

La formation des salariés

Elle n’a jamais ouvert droit à un crédit d’impôt pour l’employeur. Son financement repose sur une contribution assise sur la masse salariale, collectée puis redistribuée par les opérateurs de compétences, auprès desquels l’entreprise dépose ses demandes de prise en charge. Le sujet ne se traite pas avec le service des impôts.

Autre objet

Le crédit d’impôt famille

Cité dans la même conversation parce qu’il concerne également les entreprises, il porte sur les dépenses engagées pour faciliter la vie familiale des salariés — places en crèche, services d’aide. Aucun lien avec la formation, ni avec le dirigeant lui-même.

Droit de la personne

Le compte personnel de formation

Il appartient à la personne et non à l’entreprise, et il est alimenté au titre de l’activité professionnelle. Un dirigeant peut en disposer pour lui-même s’il a des droits acquis — un indépendant à jour de sa contribution à la formation professionnelle voit son compte alimenté à ce titre —, mais ce n’est ni un avantage fiscal, ni une aide accordée à la société.

Reste la question qui vient juste après : un autre crédit d’impôt a-t-il pris le relais ? Non. Il n’existe aujourd’hui aucun dispositif fiscal spécifique à la formation du dirigeant. Le sujet a entièrement basculé du terrain de l’impôt vers celui du financement mutualisé — ce qui change l’interlocuteur, le calendrier et la logique de la démarche.

Ce qui finance réellement la formation du dirigeant aujourd’hui

La suppression du crédit d’impôt ne laisse pas le chef d’entreprise sans rien. Elle le renvoie vers un circuit qu’il alimente déjà, souvent sans le savoir.

Quel fonds selon votre statut

Tout travailleur indépendant verse chaque année une contribution à la formation professionnelle, recouvrée par l’URSSAF en même temps que ses cotisations. Cette contribution ouvre des droits auprès d’un fonds d’assurance formation, et le fonds compétent dépend du statut. Le moyen le plus simple de savoir de quel fonds on relève est de télécharger son attestation de contribution dans son espace URSSAF : elle le nomme.

StatutFonds compétentContribution annuelle
ArtisanFAFCEA0,29 % du plafond annuel de la sécurité sociale, soit environ 139 € en 2026
Commerçant, dirigeant non salariéAGEFICE0,25 % du même plafond, soit environ 120 € en 2026
Profession libérale non réglementéeFIF PL0,25 % du même plafond, soit environ 120 € en 2026
Exploitant agricoleVIVEAContribution assise sur les revenus professionnels agricoles

Ces valeurs sont celles d’un travailleur indépendant imposé au réel. Le micro-entrepreneur, lui, verse un pourcentage de son chiffre d’affaires encaissé — de l’ordre du dixième de point pour une activité commerciale, un peu plus pour les prestations de services et les professions libérales non réglementées, davantage encore pour les artisans. Le principe reste le même : la contribution ouvre les droits, et son absence les ferme.

L’écart entre les statuts explique des enveloppes de prise en charge inégales, et le fait qu’un artisan dispose en général d’une capacité de financement supérieure à celle d’un commerçant. Comme les taux et les plafonds sont révisés chaque année, ils se vérifient sur le site de l’URSSAF et sur celui du fonds concerné, jamais dans un article.

Cette même contribution ouvre par ailleurs des droits sur le compte personnel de formation : l’URSSAF transmet à la Caisse des dépôts la liste des indépendants à jour de leur versement, ce qui déclenche l’alimentation du compte. C’est un second circuit, distinct de celui du fonds d’assurance formation, et mobilisable en complément.

Ce que la prise en charge couvre, et ce qu’elle ne couvre pas

Le périmètre est plus étroit qu’on ne l’imagine. Les fonds financent les frais pédagogiques — le coût de la formation elle-même, facturé par l’organisme — dans la limite de plafonds annuels par bénéficiaire. Déplacement, hébergement, repas et surtout manque à gagner pendant les heures passées en formation restent, sauf exception, à la charge du dirigeant. C’est précisément ce manque à gagner que le crédit d’impôt compensait forfaitairement, ce qui éclaire ce que sa suppression a réellement coûté.

Une condition commande tout le reste : aucun de ces financeurs n’accepte de prendre en charge une formation dispensée par un organisme non certifié. Cette certification, délivrée après audit, conditionne l’accès aux fonds publics et mutualisés de la formation professionnelle. Un organisme qui ne l’a pas peut parfaitement former, mais la facture restera intégralement à la charge de l’entreprise.

Le levier fiscal qui subsiste

Il en reste un, banal et certain : les frais de formation sont une charge déductible du résultat, dès lors que la dépense est engagée dans l’intérêt de l’entreprise et se rattache à son activité. Une formation sans lien avec l’objet exploité serait, elle, requalifiée en dépense personnelle. La facture, le programme et l’attestation de présence sont les justificatifs à conserver.

Pour une entreprise assujettie, la taxe sur la valeur ajoutée grevant ces frais est déductible dans les conditions de droit commun — étant précisé que de nombreuses actions de formation professionnelle continue sont exonérées de taxe et facturées sans elle, auquel cas la question ne se pose pas.

Ce n’est pas un crédit d’impôt, l’économie est bien moindre, mais elle ne dépend d’aucun dispositif temporaire.

La marche à suivre pour faire prendre en charge une formation

L’ordre compte, et l’erreur la plus fréquente consiste à s’inscrire d’abord et à chercher un financement ensuite. La plupart des fonds exigent que la demande soit déposée avant l’entrée en formation, et une demande tardive est refusée sans examen du fond.

  1. Télécharger son attestation de contribution

    Dans l’espace URSSAF, la rubrique dédiée délivre l’attestation de versement de la contribution à la formation professionnelle. Elle nomme le fonds compétent et prouve que les droits sont ouverts.

  2. Lire les critères de l’année sur le site du fonds

    Chaque fonds publie ses conditions et ses plafonds annuels, souvent différenciés selon le format de la formation. Ces critères changent d’une année sur l’autre : lire ceux de l’année en cours, pas ceux d’une page trouvée au hasard.

  3. Vérifier la certification de l’organisme

    Sans certification, aucune prise en charge n’est possible, quelle que soit la qualité de la formation. La vérification se fait avant de s’engager, pas au moment de la facture.

  4. Réunir devis et programme détaillé

    Le dossier repose sur un devis nominatif et un programme précisant objectifs, durée, modalités et modalités d’évaluation. Un intitulé seul ne suffit jamais.

  5. Déposer la demande avant l’entrée en formation

    C’est le point de rupture : une demande déposée après le début de la session est écartée pour ce seul motif, sans que le dossier soit examiné.

  6. Transmettre les justificatifs pour le remboursement

    À l’issue de la formation, attestation de présence et facture acquittée déclenchent le versement. Ces mêmes pièces servent à justifier la charge déductible auprès de l’administration fiscale.

Le crédit d’impôt formation du dirigeant existe-t-il encore en 2026 ?

Non. Les dernières heures de formation ouvrant droit au crédit sont celles suivies jusqu’au 31 décembre 2024, la loi de finances pour 2025 n’ayant pas prorogé le dispositif. L’article 244 quater M du code général des impôts a ensuite été abrogé par la loi de finances pour 2026, et l’administration fiscale a retiré ses commentaires de sa documentation le 6 mai 2026.

Puis-je encore réclamer un crédit d’impôt formation au titre de 2024 ?

Oui, si les conditions étaient réunies cette année-là. Le délai général de réclamation expire le 31 décembre de la deuxième année suivant la mise en recouvrement de l’impôt : pour un exercice 2024 mis en recouvrement en 2025, la demande reste recevable jusqu’au 31 décembre 2027. Les attestations de présence en formation sont la pièce à réunir en priorité.

Comment le montant était-il calculé ?

En multipliant le nombre d’heures de formation suivies par le chef d’entreprise par le taux horaire du salaire minimum de croissance, dans la limite de quarante heures par année civile. Le prix payé n’entrait pas dans le calcul : le crédit compensait le temps passé, pas la facture. Le montant était doublé pour les entreprises répondant à la définition européenne de la micro-entreprise.

Le crédit était-il perdu en l’absence d’impôt à payer ?

Non. Il s’imputait sur l’impôt dû au titre de l’année, et l’excédent était restitué. Une entreprise déficitaire ou faiblement imposée pouvait donc en percevoir le montant, ce qui garde tout son intérêt à une réclamation portant sur 2024.

Un micro-entrepreneur pouvait-il en bénéficier ?

Non. Le crédit visait les entreprises imposées d’après leur bénéfice réel. Un exploitant relevant d’un régime forfaitaire en était écarté, son bénéfice étant déjà déterminé après un abattement représentatif de charges. À ne pas confondre avec la majoration accordée aux micro-entreprises au sens européen, qui est une notion d’effectif et de chiffre d’affaires, pas un régime fiscal.

Qui finance une formation de dirigeant aujourd’hui ?

Le fonds d’assurance formation correspondant au statut : FAFCEA pour les artisans, AGEFICE pour les commerçants et dirigeants non salariés, FIF PL pour les professions libérales, VIVEA pour les exploitants agricoles. Le droit s’ouvre par la contribution à la formation professionnelle recouvrée par l’URSSAF, la prise en charge porte sur les frais pédagogiques et suppose un organisme certifié.

La question a changé de nature : elle ne se pose plus en fin d’exercice, devant une liasse, mais avant de s’inscrire, devant un dossier de prise en charge. Le calendrier s’est déplacé de quelques mois vers l’amont, et c’est le seul réflexe à reprendre.