Freelance et site web
ce que le contrat doit dire
Payer un site ne suffit pas à le posséder. Cession de droits, code source, nom de domaine, données, accessibilité, recette : les clauses qui évitent les litiges les plus courants.
Faire créer un site web par un indépendant met en jeu trois propriétés distinctes qu’on confond systématiquement : la création originale, protégée par le droit d’auteur et qui ne se transmet que par une cession écrite et détaillée ; les composants tiers, utilisables dans les seules limites de leur licence ; et les comptes techniques, dont le nom de domaine, qui appartiennent à celui qui les a ouverts. Un site payé n’est donc pas automatiquement un site possédé.
- La cession de droits est formelle : sans mention détaillée, elle peut ne produire aucun effet.
- Le code source n’est dû que s’il est listé parmi les livrables du contrat.
- Le nom de domaine se dépose au nom du client, jamais à celui du prestataire.
- Un site à formulaire impose un acte écrit sur le traitement des données personnelles.
Le devis est signé, le site est en ligne, la facture est réglée. Le client pense évidemment être propriétaire de ce qu’il vient de payer. Dans bien des cas, juridiquement, il ne l’est pas.
Un site livré n’est pas un site possédé
Payer une prestation transfère la propriété d’un fichier, d’un accès, d’une installation. Cela ne transfère pas les droits d’auteur qui portent sur ce qui a été créé. Ce sont deux opérations distinctes, et la seconde n’a lieu que si le contrat l’organise.
Un site web sur mesure met en jeu trois objets qu’on a tendance à traiter comme un seul. Les litiges naissent presque toujours à l’endroit exact où ils ont été confondus : un client qui veut changer de prestataire découvre que le nom de domaine est au nom de l’ancien ; un indépendant qui n’est pas payé apprend que son travail a été repris par un autre à partir de son propre code.
La création sur mesure
Code écrit pour le projet, maquettes, gabarits, illustrations produites spécifiquement. Relève du droit d’auteur. Ne passe au client que par une cession écrite et détaillée.
Les composants tiers
Thème acheté, extension payante, police de caractères, photographie sous licence. Ne se cède pas : s’utilise dans les limites de la licence acquise, souvent nominative ou limitée à un site.
Les comptes techniques
Nom de domaine, hébergement, outils d’analyse, boîtes de messagerie. Aucun droit d’auteur en jeu : ils appartiennent à celui dont le nom figure comme titulaire.
La cession des droits d’auteur
la clause dont l’absence coûte le plus cher
Le code écrit sur mesure, les maquettes graphiques, les gabarits et les illustrations produites pour le projet relèvent du droit d’auteur dès lors qu’ils portent l’empreinte de leur auteur. Le premier titulaire de ces droits est la personne qui les a créés — l’indépendant, pas celui qui commande. Pour qu’ils passent au client, il faut une cession, et la loi française en encadre étroitement la forme.
Ce que le texte impose exactement
L’article L131-3 du code de la propriété intellectuelle pose des exigences cumulatives. Chaque droit cédé doit faire l’objet d’une mention distincte dans l’acte. Le domaine d’exploitation des droits cédés doit être délimité quant à son étendue, quant à sa destination, quant au lieu et quant à la durée.
Traduit en langage de projet : le contrat doit dire quels droits sont transmis — reproduction, représentation, adaptation, modification —, pour quel usage, sur quel territoire et pour combien de temps. Une cession muette sur l’un de ces points s’expose à être privée d’effet, en tout ou partie, l’appréciation revenant au juge.
La conséquence pratique se mesure au moment où le client veut faire évoluer son site. Sans clause valable, il ne peut pas démontrer qu’il détient le droit de faire modifier, décliner ou reprendre la création par un tiers. Une refonte confiée à un autre prestataire, la revente d’un fonds de commerce incluant le site, l’intégration des gabarits dans une application deviennent alors juridiquement fragiles — pour une raison qui n’a rien à voir avec la qualité du travail livré.
Les formules vagues qui ne cèdent rien
« Le client devient propriétaire du site à réception du paiement » n’est pas une clause de cession. Elle ne mentionne aucun droit, ne délimite ni destination ni durée, et laisse entière la question de savoir ce que le client peut faire du site.
Le réflexe inverse existe aussi, et n’est pas meilleur. Une cession « de tous droits, sur tous supports, pour le monde entier et pour la durée légale de protection » a le mérite d’être large, mais elle doit rester cohérente avec le prix et l’objet réels de la prestation. Un contrat rédigé sérieusement énumère, plutôt qu’il n’englobe.
Une cession de droits peut être expressément subordonnée au paiement intégral du prix. Tant que le solde n’est pas réglé, les droits ne sont pas transmis, même si le site est en ligne. Pour l’indépendant, c’est le seul levier qui subsiste face à un client devenu injoignable après la mise en production. Pour le client, c’est l’explication de fond du refus de solder « plus tard » : ce n’est pas une question de confiance, c’est la condition à laquelle il devient titulaire de ce qu’il a commandé.
Code source, licences, comptes
trois propriétés qu’on confond
La cession ne règle qu’une partie du sujet. Reste la question, très concrète, de savoir ce que le client détient physiquement le jour où il change d’interlocuteur.
Le code source sur mesure peut être cédé, à condition que le contrat le dise et que la livraison le prévoie. Un site accessible en ligne n’implique pas la remise de ses sources : sur un développement sur mesure, la livraison des fichiers, de la base de données et de la documentation doit figurer noir sur blanc parmi les livrables, avec son format et son échéance.
Les composants tiers obéissent à une autre logique. Une licence n’est pas cédée avec le site : elle est acquise par quelqu’un, pour un périmètre donné, et elle expire. La vraie question n’est donc pas de savoir à qui elle appartient, mais qui paiera son renouvellement une fois le projet terminé, et ce qu’il advient des fonctionnalités concernées si personne ne le fait. Une réponse écrite évite de découvrir le problème le jour où l’extension cesse d’être mise à jour.
Le nom de domaine mérite un traitement à part. Il doit être enregistré au nom du client, avec ses coordonnées comme titulaire, même si c’est l’indépendant qui gère techniquement l’enregistrement. Un domaine déposé au nom du prestataire place le client en situation de dépendance : changer de fournisseur suppose alors une démarche de transfert que rien n’oblige juridiquement l’ancien prestataire à accélérer. La même règle vaut pour l’hébergement, le compte de statistiques et les accès aux outils d’analyse.
Données personnelles
le prestataire devient sous-traitant
Dès qu’un site comporte un formulaire de contact, un espace client, une inscription à une lettre d’information ou un module de commande, il traite des données personnelles. Cela suffit à faire basculer la relation dans le champ du règlement européen sur la protection des données.
Les rôles y sont définis, et ils ne se choisissent pas. Le client, qui décide des finalités et des moyens du traitement, est responsable de traitement. L’indépendant qui héberge, développe ou maintient le site en accédant à ces données agit pour le compte du premier : il est sous-traitant.
Cette qualification emporte une obligation directe. L’article 28 du règlement impose un contrat, ou un autre acte juridique, sous forme écrite, définissant l’objet et la durée du traitement, sa nature et sa finalité, les catégories de données concernées, les mesures de sécurité, le recours éventuel à d’autres sous-traitants et le sort des données à la fin de la prestation. Une clause de deux lignes laisse par construction la moitié de cette liste de côté ; l’autorité de contrôle française publie des clauses types qui servent de point de départ utilisable.
Accessibilité
une obligation qui a changé de périmètre en 2025
L’accessibilité numérique a longtemps été perçue comme une affaire de secteur public. Ce n’est plus le cas.
La directive européenne relative aux exigences d’accessibilité applicables aux produits et services, transposée en droit français par la loi du 9 mars 2023 et son décret d’application, étend ces exigences à une partie du secteur privé depuis le 28 juin 2025. Sont visés certains services destinés aux consommateurs : commerce électronique, services bancaires, transport de voyageurs, livres numériques, communications électroniques.
Deux conditions commandent l’application concrète, et elles s’examinent au cas par cas : la nature de l’activité, et la taille de l’entreprise, les plus petites structures étant exclues du dispositif au regard de seuils d’effectif et de chiffre d’affaires. Les contenus mis en ligne avant l’entrée en application bénéficient par ailleurs d’un délai plus long que ceux publiés après. Ces seuils et ces délais se vérifient sur les fiches pratiques publiées par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, qui est l’autorité compétente sur ce point.
Pour un projet de site, la conséquence est un point de méthode. L’accessibilité se conçoit, elle ne se rattrape pas : contrastes, structure des titres, alternatives textuelles, navigation au clavier et libellés de formulaires relèvent de choix pris au moment des maquettes. Découvrir l’exigence à la recette suppose de refaire une partie du travail. La question mérite donc de figurer dans le cahier des charges, avec une réponse nette : le site entre-t-il dans le champ, et si oui, à quel niveau d’exigence.
Recette, réserves et solde
comment un projet se termine
La plupart des guides s’arrêtent à la mise en ligne. Un projet ne se termine pourtant pas quand le site s’affiche, mais quand la livraison a été vérifiée contradictoirement.
Cette vérification porte un nom : la recette. Elle consiste à contrôler, sur la base du cahier des charges, que ce qui a été livré correspond à ce qui avait été commandé. Elle se conclut par un document daté, listant les éventuelles réserves — les écarts constatés — et fixant un délai pour leur correction.
Le mécanisme protège les deux parties, ce qu’on oublie souvent. Pour le client, il fournit une trace des manquements et évite d’avoir à démontrer plus tard, de mémoire, ce qui avait été promis. Pour l’indépendant, il ferme le projet : une fois les réserves levées, la prestation est acceptée, et les demandes ultérieures relèvent d’une évolution facturable, non d’une correction due. Sans recette formalisée, la frontière entre la correction et la nouvelle fonctionnalité s’efface, et le solde reste impayé au motif que rien n’est jamais tout à fait terminé.
La phase qui suit est la plus longue de la relation, et c’est celle qui a le moins souvent son propre contrat. Un accord de maintenance devrait préciser le périmètre exact des interventions, le traitement des mises à jour de sécurité, la fréquence et la propriété des sauvegardes, les modalités de restitution des accès en fin de relation, et la reconduction de l’acte de sous-traitance des données — puisque c’est précisément pendant la maintenance que le prestataire accède le plus régulièrement aux données réelles des utilisateurs.
Les mêmes clauses ne servent pas seulement le client. Un acompte à la commande couvre l’engagement de charge. Une cession subordonnée au paiement intégral sécurise le solde. Un droit de citer le projet, expressément réservé dans l’acte de cession, permet d’alimenter un portfolio sans risque. Un périmètre écrit oppose une réponse simple aux demandes hors cahier des charges. Et une clause de restitution des accès évite d’endosser indéfiniment la responsabilité technique d’un site dont on ne s’occupe plus.
Les mentions qu’un devis de site web devrait toujours porter
Rien de tout cela ne suppose un contrat de dix pages. La plupart de ces points tiennent en quelques lignes ajoutées à un devis, et ce sont ces quelques lignes qui séparent une relation qui se termine proprement d’une relation qui se termine devant un tiers.
| Mention à faire figurer | Le litige qu’elle évite | Qui elle protège d’abord |
|---|---|---|
| Liste des livrables, format et échéance | Le désaccord sur la remise du code source et de la base de données | Le client |
| Cession de droits détaillée (étendue, destination, lieu, durée) | L’impossibilité de faire évoluer le site par un tiers | Le client |
| Cession subordonnée au paiement intégral | Le site mis en ligne et le solde jamais réglé | L’indépendant |
| Titularité du nom de domaine et des comptes | Le blocage au moment de changer de prestataire | Le client |
| Sort des licences tierces et de leur renouvellement | Les fonctionnalités qui s’arrêtent après le projet | Les deux |
| Acte écrit sur le traitement des données personnelles | Le manquement au règlement européen pendant la maintenance | Les deux |
| Périmètre d’accessibilité retenu | La reprise des maquettes découverte à la recette | Les deux |
| Recette écrite, réserves et délai de correction | Les demandes sans fin après la mise en ligne | L’indépendant |
| Échéance du solde liée à la levée des réserves | Le paiement suspendu à une satisfaction jamais atteinte | L’indépendant |
Aucune de ces clauses n’est une manœuvre défensive contre l’autre partie. Elles décrivent, avant que le projet commence, ce que chacun aura le droit de faire une fois qu’il sera terminé.
À qui appartient un site web une fois qu’il est payé ?
Au client uniquement si le contrat organise une cession de droits d’auteur en bonne et due forme. Le paiement transfère la propriété matérielle des fichiers et des accès, pas les droits sur la création. En l’absence de clause de cession valable, l’auteur reste titulaire de ses droits sur le code et les éléments graphiques réalisés sur mesure.
Le freelance doit-il livrer le code source ?
Seulement si le contrat le prévoit. Un site accessible en ligne n’implique pas la remise de ses sources. Sur un développement sur mesure, la livraison des fichiers, de la base de données et de la documentation doit figurer explicitement parmi les livrables, avec son format et son échéance.
Que dit exactement la loi sur la cession de droits ?
L’article L131-3 du code de la propriété intellectuelle impose que chaque droit cédé fasse l’objet d’une mention distincte dans l’acte, et que le domaine d’exploitation soit délimité quant à son étendue, sa destination, le lieu et la durée. Une clause muette sur l’un de ces points s’expose à être privée d’effet.
Qui doit être titulaire du nom de domaine ?
Le client, avec ses propres coordonnées, même si l’indépendant gère techniquement l’enregistrement. Un domaine déposé au nom du prestataire crée une dépendance : le transfert dépend alors de la bonne volonté de l’ancien prestataire.
Faut-il un contrat écrit pour les données personnelles ?
Oui, dès que le site traite des données personnelles et que l’indépendant y accède. Le client est responsable de traitement, le prestataire est sous-traitant, et l’article 28 du règlement européen impose un acte juridique écrit précisant l’objet, la durée, la nature du traitement, les catégories de données, les mesures de sécurité et leur sort en fin de prestation.
Mon site doit-il être accessible aux personnes handicapées ?
Cela dépend de son activité et de la taille de l’entreprise. Depuis le 28 juin 2025, les exigences d’accessibilité s’étendent à certains services privés destinés aux consommateurs, dont le commerce électronique, les services bancaires et le transport de voyageurs. Des seuils d’effectif et de chiffre d’affaires excluent les plus petites structures, et les contenus antérieurs bénéficient d’un délai plus long. La vérification se fait sur les fiches pratiques de la DGCCRF.
Que faire si le site livré ne correspond pas au cahier des charges ?
Formaliser une recette : une vérification contradictoire, sur la base du cahier des charges, conclue par un document daté listant les réserves et fixant un délai de correction. C’est ce document qui fait la preuve des écarts, et c’est la levée des réserves qui doit conditionner le paiement du solde.
Un projet de site se joue moins sur la technologie retenue que sur ce que les deux parties auront pris dix minutes à écrire avant de commencer.